


















Festival de l’Eau — L’Eau comme horizon
Coordination de l’événement : Julie Everaert, Jean-Marc Chomaz et Sarah Bouttier. Curation : Jens Hauser
Soutien technique : Quentin Benelfou et l’équipe permanente et intermittente d’Athénor – CNCM
Dans le cadre du Festival de l’Eau, Athénor accueille l’école d’été de recherche-création Useful Fictions • 6. Un programme arts/sciences porté par l’Insti-tut Polytechnique de Paris dont l’objectif est de faire dialoguer scientifiques, artistes et citoyens en proposant une semaine de travail collaboratif sous forme de Labs créatifs pour construire de nouveaux récits autour de l’Eau.
Sixième édition de l’école d’été initialement lancée par la Chaire arts & sciences, “Useful Fictions” est désormais portée par le programme Useful Fictions Lab du centre interdisciplinaire SPIRAL (Science, People, Imagination, Research, All Lin-ked !) de l’Institut Polytechnique de Paris (IP Paris) et du laboratoire LadHyX, avec le soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso.
L’édition 2026 aura pour thème l’Eau, la façon dont elle habite les paysages si variés des environs de Saint-Nazaire des zones humides protégées, des marais de Brière, aux chantiers navals et sites industriels, pétroliers ou chimiques. L’une des questions centrales sera alors comment tisser de nouveaux liens avec cet élé-ment liquide pour en partager la ressource, adapter les usages et en respecter les limites ?
LAB 1 – Habiter la frontière
Quentin Benelfoul, artiste numérique et designer, Jean-Marc Chomaz, artiste physicien, Camel Zekri, musicien-compositeur
Géraldine Honauer, artiste Irène Mopin, chercheuse-artiste Jérémie Ramsak, musicien, Liza Surguladze, artiste-chercheuse
Le bassin versant du Brivet composé de la Brière, des marais de Brivet, de la Harois, de Besné, de la Taillée, du Priory, de Martigné et de Gazeau, apparaît ici comme un territoire mouvant, façonné par les marées, l’envasement et les circulations invi-sibles de l’eau.
L’installation s’inspire d’un principe granulaire : une synthèse faite de fragments, de grains sonores et de particules de mémoire. Chaque vibration agit comme une remise en circulation du paysage. Les joncs sonnent, les bassines résonnent, les eaux troubles deviennent instruments. La turbidité n’est plus un obstacle à la vi-sion mais une manière d’habiter l’incertitude et la transformation.
L’installation convoque également les gestes et les traditions liés au marais : vivre avec les cycles, écouter les interfaces, traverser les écluses. Le solstice y marque un point de convergence, un moment où les rythmes naturels et humains se re-joignent. Dans cette zone fragile, les transitions sont troubles. Poissons et sédi-ments circulent au rythme des lunes.
En sonnant les joncs, les bassines amplifient les flux. La turbidité de l’eau agit comme une matière sensible où mémoire, son et matière s’entrelacent. Entre tra-dition et expérimentation, l’installation interroge notre manière d’habiter cette zone frontière, entre terre et eau, présence et disparition.
LAB 2 – The Sound of Silence
Post-morta · récit d’un territoire fossiliséJulie Everaert, artiste plasticienne, doctorante en arts et sciences, Yann Le Jeune, géologue et archéologue
Wahid Ameur, data-scientist, Mathias Berthod, compositeur pianiste, Antoine Dion, doctorant en physique, Nicole Vereau Kraemer, designer systémique, Daniela Zuniga, artiste plasticienne
La Brière constitue une archive géologique exceptionnelle, non pas comme paysage figé, mais comme mémoire stratifiée de transformations profondes. Tour à tour es-tuaire, plaine froide, marais isolé, ce territoire porte dans ses sédiments l’empreinte de bouleversements géologiques, climatiques et humains inscrits sur des millénaires. Prendre conscience du temps profond nous a amenés à considérer ces fossiles et ces matières comme des reliques, objets qui traversent le temps et se construisent à tra-vers lui. L’impermanence des paysages qui nous semblent immuables nous renvoie à l’éternelle transformation dans laquelle nous nous inscrivons, à l’importance de notre rapport à la nature, à ses signaux, à la sensibilité qui nous relie à elle.
Comment rendre sensible ce que le sol a enregistré ? Nous avons travaillé sur la com-pression des échelles temporelles, mettant en perspective le temps humain avec l’im-mensité de l’histoire géologique, pour ramener cette histoire au présent comme un point dans la grande aventure de la Terre.
Une carotte de sédiments devient partition lorsqu’un capteur lumineux en lit la den-sité et la traduit en son. Un morceau de morta – chêne des marais de Brière en cours de fossilisation – tourne et résonne. L’argile bleue du bassin devient surface de diffusion. Le carbone de la tourbe, mis en suspension dans l’eau, s’inscrit lentement sur un tissu en mouvement, retranscrivant l’histoire de ce territoire dans la matière même qui le compose.
Le son que vous entendez et les traces que vous voyez sont issus de la Brière elle-même.
LAB 3 – Cycles et Ressacs
Olivier Doaré, enseignant-chercheur, musicien, Raphaël Forment, musicien, musicologue, développeur
Lamis Louahadj, ingénieure, musicienne, Gaurav Prabhudesai, chercheur Serge Teyssot-Gay, musicien Morgan Theze, musicien
Cycles et ressacs est un dispositif hybride alliant installation sonore autonome et performance de live coding, existant sous deux états :
- Installation : lorsque les performeurs sont absents, le système « rêve ». Une nappe sonore générative et vivante occupe l’espace, les agents numériques s’écoutent et se répondent.
- Performance : les instruments physiques entrent en résonance avec les algo-rithmes, dans une jam session bio-cybernétique.
La trame artistique croise trois systèmes : les états physiques de l’eau (solide, liquide, gazeux), les états de conscience d’un cerveau (ondes cérébrales) et les fréquences moléculaires des éléments dissouts. Le système central, Otomato, le chef d’orchestre, se comporte comme un cerveau traversant différents états d’activité, directement couplés aux phases du cycle géologique et atmosphé-rique de l’eau. Il distribue l’information aux agents informatiques et humains. Les états physiques de l’eau sont présents, amplifiés, évoqués par des textures sonores harmoniques et non harmoniques.
LAB 4 – Strates : imaginer des mondes perméables
Sarah Bouttier, maître de conférences en littérature anglaise, Meghann Cassidy, maître de conférences en philosophie et et littérature anglaise, Delphine Lamand, comédienne, metteuse en scène
Sarah Clénet, artiste musicienne, Cloé Durieux, artiste plasticienne, Lucile Larour, sage femme, scénographe, Hanna Thevenet, poète, curatrice
Comment habiter ce monde dont nous avons hérité ?
Lors de cette semaine de recherche et de création intense, nous avons expérimen-té une écriture qui rend compte de l’eau comme une archive qui garde la trace des vies passées, géologiques, féminines et locales. Au présent, l’eau apparaît comme le reflet des paradoxes des réalités sociales et sensibles. Mais l’eau est aussi notre devenir, et nous guide vers des subjectivités autres et de nouveaux modes d’être ensemble, humains, non-humains, vivants et minéraux – autant de pistes que nous arpentons.
Le Lab 4 vous propose une balade poétique à travers des espaces et des temps fa-çonnés par les eaux nazairennes : estuaire, plages, estran, roches ; corps humains et non-humains ; mémoires, expériences, devenirs.
L’écriture, la performance sonore et le jeu plastique tracent une carte des sensibi-lités présentes et des autres mondes possibles.
Immergez-vous avec nous !
LAB 5 – L’Estran, aggloméra anthropique
Éléonore Aidonidis, doctorant, Pierre Bourdon , ingénieur, Giancarlo Rizza, chercheur
Lucie Pensivy, étudiante, Paul Youenn , artiste plasticien et designer, Ollivier Moreels , plasticien, réalisateur, enseignant, Fanny Truchi , photographe plasticienne
L’estran, bande intertidale alternativement couverte et découverte par la marée, constitue le terrain de cette recherche. Dans la zone portuaire de Saint-Nazaire, le cycle des marées transforme les objets rejetés par l’activité humaine : la matière anthropique s’y dégrade, se recompose, rejoue indéfiniment le rapport entre industrie lourde et paysage marin.
Ce projet prend pour objet des matériaux récupérés sur le littoral comme témoins d’une stratigraphie industrielle en cours de dissolution. Replacés dans un dispo-sitif de vagues artificielles, ces fragments sont soumis à une érosion contrôlée qui prolonge le processus engagé par la mer. Matériaux, sons et images y sont traités comme des données sensibles prélevées sur un seuil symbolique : l’embouchure entre la Loire et l’Atlantique, entre eau douce et eau salée.
Des prises de vue sténopé sur lames sensibilisées, captées en panoramique circulaire, voient leur restitution indexée sur le rythme des marées. La circularité — des dispositifs, des cycles naturels, de la séquence temporelle — structure l’en-semble comme une forme ouverte. Il s’agit de rendre perceptibles des processus qui opèrent ordinairement hors de notre échelle de perception.
Zoïmorphisme
Un projet d’Antoine Desjardins et Giancarlo Rizza avec l’aide de Pierre Bourdon et Eléonore Aïdonidis
Dans nos cortex, les liquides — et plus particulièrement l’eau — sont intimement associés à la vie. L’environnement aqueux est lié à la fois à une mémoire profonde et à des expériences directes, multiples et changeantes, il évoque le temps, la transformation, le vivant. Sensibilité individuelle et culture modulent, pour cha-cun, l’intensité et la nature de ces résonances.
À cet état de fait on peut superposer l’énigmatique force magnétique. Par son jeu d’attraction et de répulsion, elle déjoue nos logiques intuitives et ouvre un champ d’expériences où les émotions sont sollicitées autant que la pensée. Zoï-morphisme s’inscrit dans ces tensions, en proposant des dispositifs qui troublent, interrogent et attirent.
L’aquarium, conçu à la fois comme microcosme et point focal, accueille des objets dont les morphologies s’ancrent dans des géométries fondamentales, prolongées par des excroissances plus aléatoires. Ces éléments reçoivent des charges sen-sibles au magnétisme qui déterminent la direction de leurs mouvements sous l’effet des forces appliquées. Cette matière volontairement ambiguë dans ses tex-tures et retenue dans sa palette chromatique, évoque le vivant par son agentivité, en évoluant et en réagissant en fonction de son environnement.
Les déplacements des champs magnétiques sont assurés par des dispositifs mé-catroniques et robotiques. Leurs mouvements et leurs rythmes, modulables, répondent à des capteurs sensibles à la présence et aux gestes des spectateurs. Ceux-ci sont ainsi invités à entrer dans un dialogue corporel avec ce qui devient une forme de créature primitive — à observer, à apprivoiser, à tenter de com-prendre et de maîtriser.
Partenaires :
- Centre SPIRAL | IP Paris
- Laboratoire d’Hydrodynamique (LadHyX), CNRS, École polytechnique | IP Paris
- ENSTA | IP Paris
- École des Arts Décoratifs Paris (EnsAD)
- EPF Engineering School Saint-Nazaire
- Blue Lab Saint-Nazaire
- Médiathèque Etienne-Caux de Saint-Nazaire
- Parc naturel régional de Brière
- Stereolux, Nantes
Avec le soutien de la Fondation Daniel et Nina Carasso
Crédit dessins/croquis Ivy Drapier